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A propos de Badinter, du maternage et de l’allaitement

Et voilà je vais aussi laisser mon opinion (je n’ai pas pu résister) sur les propos émis par Madame Badinter et sur toute l’encre qu’ils ont fait couler jusqu’à maintenant. Je n’ai pas lu son livre et ne le lirai sans doute jamais (j’en expliquerai les raisons plus loin). En revanche j’aimerais réagir face à tous ce que j’ai pu lire sur le web, tout ce qui a pu être dit autour de la femme et de la maternité.

Tout d’abord de par mon expérience personnel mais pas seulement il est mal vu en France d’être femme au foyer, d’oser prendre un congé parental. Mal vu par qui ?
-   Bien sur par l’employeur : jamais ravi de perdre quelqu’un de compétent voir de performant,
-   par les collègues qui soit dit en passant vous envient un peu d’avoir osé prendre cette décision, d’avoir les moyens financiers aussi de la prendre (j’ai souvent entendu bien des femmes dire qu’elles auraient aimé prendre un congé parentale mais qu’elles n’en avaient malheureusement pas les moyens),
-   mais aussi parfois par l’entourage et la famille qui gardent une vision veillotte de la femme au foyer dont le quotidien se borne à astiquer la maison, à cuisiner et à s’occuper des enfants, en résumé à jouer les bobonnes.

Et oui mesdames il faut travailler, être ambitieuse, faire carrière, tout en élevant des enfants, bref il faut être la  wonderwoman des temps modernes, partout à la fois, mais jamais vraiment là. Et bien j’ai fait le choix d’être un temps à la maison. Pour qui j’ai fait ce choix ? Pour moi avant tout. Je ne voulais plus courir à droite et à gauche, partir à 7h au boulot en ayant juste entraperçu ma fille pour ensuite la récupérer à 18h30 exténuée de sa journée de crèche, ne passer avec qu’elle qu’une heure qui se résumait au bain et au repas. Je ne voulais plus cuisiner des plats vite faits car je n’avais pas le courage de faire plus, pas l’envie, car  j’étais juste fatiguée de ma journée, je ne voulais plus rebosser un petit peu, faire deux trois petites choses pour le boulot, pour le lendemain. Je voulais juste être tranquille et détendue, prendre mon temps. Prendre le temps de jouer avec mes enfants, prendre le temps de cuisiner si j’en avais envie, de me poser, de lire un livre, prendre le temps de vivre.  Lorsque je suis tombée enceinte de mon deuxième enfant je savais que je deviendrai femme au foyer, que je prendrai un congé parentale, c’étais une évidence. Je suis donc une de ces mères qui régressent comme nous la décrit Badinter car je ne me suis pas limité à être femme au foyer : je cuisine pour mes enfants, j’utilise des couches lavables, je porte mes enfants en écharpes, je cododotte les deux premiers mois de leur vie et lorsqu’ils sont malades et j’allaite.

A propos de l’allaitement, il faut vraiment arrêter tout ce tapage : ces femmes qui se sentent jugées si elle n’allaite pas (elles sont tout autant que celles qui allaitent), ces femmes qui se sentent jugés car au contraire elle allaite plus d’un an. Allaiter ou ne pas allaiter, chaque décision a son histoire : évidence, longue réflexion, en lien avec son passé, lié à son accouchement… Nous ne pouvons juger personne, l’allaitement est un acte trop intime.
En revanche comment peut-on critiquer des sages-femmes ou des associations qui soutiennent l’allaitement, qui aident les femmes qui ont des difficultés, qui ont besoin de soutien, surtout quand on connaît le taux d’allaitement en France ? Peut-être Madame Badinter regrette-t-elle les années quatre-vingt où les sages-femmes mettaient les nouveau-nés au biberon sans demander leur avis aux mères qui d’ailleurs n’étaient aucunement soutenue dans ce choix. Sans doute regrette-t-elle les boîtes de lait maternisé que l’on distribuait à la sortie des maternités subventionnées par ces industriels. Ces subventions sont d’ailleurs toujours un problème en France, c’est pourquoi si peu de maternité peuvent obtenir le label hôpitaux amis des bébés. Depuis quelques années les choses changent, les sages-femmes de nouveaux encouragent les femmes à allaiter. Pourquoi s’en plaindre ?
Même si l’allaitement est en augmentation en France, il n’atteint pas les taux de nos voisins européens : 99% en Norvège et en Suède, 95 % au Danemark, 92 % en Suisse, 85 % en Italie, 75 % en Allemagne, 69 % en Grande-Bretagne. En France, le pourcentage de femmes allaitantes était de 56.2% selon le dernier chiffre fourni par la DREES (Direction de la recherche, des études, de l’évaluation et des statistiques) pour l’année 2002. Le magazine Parents après une étude en 2008 avait estimé ce chiffre en augmentation : 65% des femmes allaiterait à la naissance de leur enfant, mais combien sont-elles après 4 semaines ? Et après la fin de leur congé maternité ? Finalement ces femmes qui allaitent plus de 3 mois sont une minorité. En quoi cette minorité qui doit représenter 10% des femmes ayant eu des enfants (et encore !) culpabiliserait-elle 90% des autres femmes ? Quand on a fait un choix et qu’on l’assume, je ne vois pas pourquoi on se sentirait coupable ? Lorsque Butternut avait 4 mois je suis passée au biberon car je manquais de lait étant anémiée, j’ai été triste et déçue, j’ai vécu cela comme un échec personnel, mais en quoi aurais-je du culpabilisé ? J’avais fait ce que je pouvais, ce que mon corps pouvait. Nous avons tous nos limites.

Alors pourquoi les propos de Badinter font-il polémiques ? Ils touchent à l’intime, à la sphère privée, à la sphère familiale. Les gens s’opposent, se chamaillent, ils défendent leurs opinions, des clans se forment. Nous défendons notre manière de faire et d’être parent car nous estimons que c’est la bonne manière, la meilleure manière. Normal ne souhaitons pas donner le meilleur à nos enfants ?

Ce qui me surprend le plus dans son argumentaire c’est son désir de défendre la femme. La défendre de quoi ? Croyait-elle vraiment que mettre en avant l’allaitement, les couches lavables, le congé parental… qui vont soi-disant de paire avec l’image de la mère parfaite, aideraient les femmes ? La mère parfaite n’existe pas. On fait de son mieux avec ce qu’on est.

Si Madame Badinter voulait mettre en avant le droit des femmes à être mère comme elles l’entendent elle aurait du aborder le sujet sous un autre angle et nous  parler des femmes enceintes toujours plus discriminées au travail, du congé parental remis en question par l’état, de ces femmes qui voudraient arrêté de travailler et que ne le peuvent pas faute de moyens financiers, de ces femmes qui trouve que 2 mois et demi de congé maternité c’est trop court, de ces femmes qui aimeraient allaiter plus longtemps mais qui n’y arrive pas car il leur est trop difficile d’allier allaitement et travail, du fait que les parents n’ont pas toujours le choix quand à la personne qui va s’occuper de leur enfant, du fait qu’il est encore souvent mal vu que le papa prenne son congé paternité (onze jours) alors qu’il y a le droit, ne parlons même pas d’un congé parental masculin…

Je n’achèterai pas son livre, je n’en ai pas besoin et ma curiosité n’ira pas jusque là. Je me sens bien dans mon rôle de femme et de mère. Je ne suis pas ma grand-mère qui était forcée de rester à la maison car son mari ne voulait pas qu’elle travaille, je ne suis pas ma mère à qui on a imposé un pouponnage scientifique de peur que l’enfant devienne capricieux. Je suis moi, une mère d’aujourd’hui qui peut faire ses choix en connaissance de cause, je suis une femme et une mère libre.

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9 Responses to “A propos de Badinter, du maternage et de l’allaitement”

  1. Charlinette dit :

    j’aime beaucoup ton article et ta conclusion en particulier résonne fort pour moi…. je suis aussi une maman allaitante, portant en écharpe, ayant cocodoté, en congé parental et j’assume tous mes choix de maternage!

  2. Fanny dit :

    Bravo !!!! Je suis une de ces working mum qui ne croit pas du tout que mon chemin d’épanouissement soit valable pour toutes les femmes. J’ai adoré ta façon de raconter ton choix de mère au foyer. Nous sommes des femmes libres !

    • Vert Citrouille dit :

      @ Fanny et Charlinette. C’est en effet le plus important : assumer ses choix de vie, ce qui fait de nous des femmes épanouies et donc des mères épanouies. Pourquoi être frustrée ou aigrie si c’est juste pour satisfaire le regard des autres?

  3. La Mère Joie dit :

    Euh non, je ne souhaite pas leur donner le meilleur. ;-)
    Ils se démerderont avec ce que j’ai à leur offrir, avec mes manques, avec mes faiblesses etc. ! :-D
    Chacun son chemin.

    • Vert Citrouille dit :

      Le meilleur c’est nous avec les bons et les mauvais côtés, les bons et les mauvais jours. Nos enfants grandissent de nos imperfections et de nos maladresses. Je pense aussi que je me construis en tant que mère du regard qu’il porte sur mes manques et mes faiblesses, parfois pas besoin de mots, il suffit des les regarder.

    • Stéphanie dit :

      Je te rejoins là dessus Mère Joie : je n’ai pas « d’idéal » à atteindre, ça vient comme c’est et c’est déjà pas mal :)

      • Vert Citrouille dit :

        Je ne crois pas que les mères est un idéal à atteindre ce serait trop de calculs et de planifications. Être mère c’est avant tout des surprises chaque jour, c’est se laisser prendre par le quotidien. Certaines situations ou certains actes nous obligent à nous poser des questions, à nous remettre en question, c’est ainsi qu’on se construit dans la vie que ce soit dans sa vie de femme ou de mère.

  4. Stéphanie dit :

    Pour rebondir sur ce qu’on a dit sur mon propre blog, je crois qu’on est toute d’accord là dessus : les mères au foyers qui en on fait le CHOIX et qui n’en sont en rien frustrées dans leur quotidien ne sont pas du tout remise en question.

    A propos de l’allaitement (parce que j’ai l’impression qu’on est obligé de rebondir dessus, même si ce n’est pas le sujet initial) et des statistiques : on aura jamais aucun moyen de savoir en France quel serait le taux d’allaitement si les mamans étaient mieux accompagnées sans pour autant subir aucune pression, ce qui est impossible je pense : va dire à une autre allaitante que tu es fatiguée et que tu as peu de lait, elle t’expliquera comment relancer ta lactation, elle te dira probablement pas « donne lui un bib et arrête d’allaiter tu t’y sens forcée et que ce n’est ni enrichissant pour toi ou pour ton enfant ».

    • Vert Citrouille dit :

      Lorsque j’étais très fatiguée et anémiée et que j’avais beaucoup moins de lait j’ai consulté plusieurs pédiatres et médecins, tous me disaient de passer au biberon. Butternut avait 4 mois pour eux c’était déjà très, 4 mois leur semblait déjà un allaitement exclusif assez long, j’avais fait ma part de boulot, pourquoi voulais-je aller plus loin? Je n’ai eu aucun conseil pour justement relancer ma lactation, personne n’était là pour me soutenir alors que je ne voulais pas arrêter d’allaiter. J’aurai peut-être aimé qu’une mère qui allaite ou qu’une personne d’une association m’aide, mais nouvelle dans la région à cette époque je n’avais simplement aucun contact.

      J’ai une amie qui a allaité sa fille exclusivement jusqu’à trois mois. Elle a ensuite décidé de passer en allaitement mixte pour trouver plus de temps pour elle. Elle n’avait aucun problème de fatigue, ni de lactation, sa fille faisait ses nuits, prenaient du poids. J’ai pensé c’est dommage, car je sais que son ainée a beaucoup de problèmes d’allergies et que l’allaitement peut aider. Je suis pro allaitement maternelle et ne m’en cache pas, pourtant je ne lui ai rien dit, c’était son choix. La question de l’allaitement, je le répète est une question en lien avec l’intime. Nous devons encourager les femmes qui veulent allaiter ou poursuivre leur allaitement et, au contraire, aider les femmes qui veulent arrêter l’allaitement à mener à bien leur sevrage, ce qui n’est pas,la plupart du temps, une chose évidente.

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