You are here: Home > Accouchement, VertC intello du vendredi > Accoucher à domicile / Chapitre 3 Récit de la naissance de Jack

Accoucher à domicile / Chapitre 3 Récit de la naissance de Jack

 

Le jour où Jack est né.

 

Prologue 

C’est le matin. Nous sommes entre Noël et nouvel an. Depuis une semaine nous vivons des journées éreintantes. Butternut, même pas deux ans, a eu une énorme gastro, elle n’arrêtait pas de vomir, elle ne s’alimentait plus. Notre médecin nous a envoyé aux urgences pédiatriques, c’était la première fois de notre vie que nous y allions. Elle commençait à aller mieux et le jour de Noël c’est KamoKamo mon mari qui est malade plié en deux sur le sol de notre chambre.

 

 

Je suis fatiguée physiquement et émotionnellement. Je ne me sens pas bien. Je m’allonge. Je pose mes mains sur mon ventre, je te sens bouger. Dans trois semaines tu seras avec nous. Comme pour la naissance de Butternut, il me tarde de te connaître, de faire ta connaissance, de te découvrir. Butternut me rejoint, comme elle en a pris l’habitude, elle s’allonge à côté de moi pour un câlin et une histoire. Une journée calme après l’intensité et le stress de ces derniers jours.

Je me couche en espérant que les jours à venir nous apporteront un peu de repos, pour pouvoir préparer au mieux ton arrivée.

Je me réveille en sursaut, je viens de recevoir un électrochoc dans le bas-ventre, je sens du liquide entre mes jambes. Je réveille Kamokamo. Je lui dis : «  je perds les eaux ». Il allume la lumière encore ensommeillé. Il est 1h du matin. Je me lève, je regarde les draps, il y a une tâche jaune au milieu. Je demande une bassine à Kamokamo, du liquide coule encore. Il est vert.

J’ai peur. Tu ne dois pas naître aujourd’hui : il est trois semaines trop tôt, mes parents dorment dans le salon à côté, le liquide est vert. Vert.

Kamo appelle So. Nous la prenons pas surprise. Elle met un certain temps à se rappeler qui nous sommes : elle ne pensait pas du tout à nous pour un accouchement.  Elle arrive.

Les contractions se font doucement sentir. Je marche dans le couloir. Kamo prépare la chambre. So arrive. Elle nous dit bonjour et fait le point avec nous. Elle regarde le liquide et fait la moue. Elle nous explique que ceci peut être un signe de détresse du bébé, qu’il faudra peut-être penser à un transfert. Elle va chercher le reste de ses affaires.

Elle fait un monitoring. Les battements de cœur du bébé ne sont ni bons, ni mauvais. Mes contractions s’intensifient. Je me crispe. J’ai mal. So me parle doucement. Elle me dit de ne pas les combattre, mais de respirer profondément, de les accompagner. Elle me masse doucement le dos, je me détends.

Elle décide d’appeler Sa, sa collègue allemande pour lui demander conseil. J’entends des brides de conversations. Je ne parle pas allemand, mais je comprends qu’elle lui conseille le transfert. So nous dit qu’il est sans doute préférable d’aller à la maternité. Le transfert ne nous pose pas plus de problème que ça. Nous avons toujours été clairs sur ce point, en cas de doute que ce soit pour la santé du bébé ou la mienne nous nous rendrions à l’hôpital.

Elle me propose de regarder comment est dilaté mon col pour voir où j’en suis, j’accepte. Je suis à 7. Elle nous dit qu’il faut y aller. Elle appelle la salle d’accouchement  de la maternité pour les prévenir que nous arrivons. Kamo prévient mes parents, il leur explique rapidement la situation et leur dit de tout  expliquer à Butternut quand elle se réveillera.

Nous sortons, il fait froid, de fortes rafales de vent nous poussent. Une contraction monte, je ne bouge plus, je respire lentement. Je pense à toi, mon enfant, qui va naître. Te voilà qui arrive. Je vais à ta rencontre. Mon mari me soutient, il me dit que nous n’allons pas rester ici au milieu de la rue, qu’il faut y aller. Nous arrivons à la voiture. So m’explique rapidement comment m’installer, quelles positions adopter pour gérer au mieux les contractions. Je m’assois à l’arrière et boucle ma ceinture de sécurité. So nous suit avec sa voiture. Etrangement pendant ce cours trajet je n’ai pas mal, les contractions coulent sur moi. Nous arrivons sur le parking de l’hôpital, nous sommes dirigés vers les urgences. Je suis dans ma bulle. Je descends de voiture. Je vois le gardien qui parle à mon mari. Je regarde autour de moi et vois la pancarte salle d’accouchement et les flèches jaunes au sol. Je suis les flèches. Je sens une contraction qui arrive. Je m’agenouille sur le sol, je respire, je me détends. La contraction est passée. Suivre les flèches jaunes. J’avance. Je suis devant la porte de la salle d’accouchement. Je sonne.  Une vague monte en moi, je m’agenouille et pose la tête contre une chaise, je rentre en moi. Une femme ouvre la porte et demande « c’est pour quoi ? » Je lui réponds : « Je viens accoucher ». Je vois mon mari qui arrive en courant avec le gardien. Ils me regardent étonnés et me demandent où j’étais passé. « Je viens accoucher ».

Mon mari me racontera plus tard qu’il a garé la voiture et en est sorti. Il a échangé quelques mots avec le gardien qui lui a demandé pourquoi il était là. Mon mari lui explique que je vais accoucher. Le gardien attrape un fauteuil roulant et l’avance. Kamo et lui se retournent et ne me voient pas. Ils se penchent et regardent dans la voiture il n’y a personne. Le gardien lui demande où est sa femme? Mon mari le soupçonne de penser qu’il m’a oubliée à la maison! Il lui explique que j’étais là il y a encore quelques secondes. Le gardien, lui dit de garer la voiture un peu plus loin. Kamokamo est inquiet. Il se demande où je suis. Il gare la voiture et remonte rapidement aux urgences. Il suit les flèches jaunes, courant, marchant, le gardien sur les talons. Je suis là devant la salle d’accouchement. « Je vais accoucher ».

La sage-femme nous conduit à la salle de pré-travail, elle me demande d’enlever mon manteau. So arrive. Elle lui explique la situation. Je suis à califourchon sur le lit. Une contraction arrive, j’inspire doucement. La sage-femme me dit que nous allons changer de salle et qu’il faudrait que je me déshabille. Je m’exécute. Je grimpe sur le lit, je reprends ma position à califourchon la tête dans l’oreiller. Je suis dans mon monde. « Allongez-vous sur le dos », « perfusion ». Je ne bouge pas. Je crie : « ça pousse ! ». J’entends des bruits métalliques, « le bébé arrive », « poussez ». Je sens la présence rassurante de mon mari et de So. Ca brule. Tu glisses entre mes jambes. Je t’attrape. Tu es beau. Je me retourne et m’assois, je te prends tout contre moi. Il est 3h. Je t’aime.

 

 

Epilogue 

2h après sa naissance Jack est transféré en service néonatologie. Pendant plus de 4h nous n’avons pas de ses nouvelles, on nous fait patienter. Le peu d’informations que nous obtenons, nous les avons car Kamokamo va régulièrement demander où ils en sont. Nous entendons notre fils pleurer. Je n’en peux plus. Je veux le voir. Il est 11h nous le retrouvons. Il a une perfusion dans le crane. Il a été piqué au talon. Il a été aspiré. Nous découvrons le service et ses protocoles. Après cinq jours de soin, on nous annonce que nous pouvons rentrer.  Je prends mon fils dans mes bras et je fuis. Nous rentrons à la maison. Chez nous, lieu sécurisant, apaisant. Une nouvelle année a commencé et tu es avec nous.

 

 

Pour lire le récit de la naissance de Sweet Dumpling c’est par ici : le jour où Sweet Dumpling est née

 

Vous n’avez pas encore lu les récits d’accouchements de Maybeegreen c’est par ici : http://auxjardinsdumaternage.blogspot.com/

 

Lire le chapitre 1 : pourquoi l’AAD ?

Lire le chapitre 2 : se préparer à accouchement

 

La semaine prochaine le dernier chapitre sur l’AAD : l’accouchement à domicile et après ?

 

 

 

Tags: , , , ,

  • Digg
  • Del.icio.us
  • StumbleUpon
  • Reddit
  • Twitter
  • RSS

4 Responses to “Accoucher à domicile / Chapitre 3 Récit de la naissance de Jack”

  1. la farfa dit :

    Je suis vraiment très tentée par cette aventure. Mon mari lui, n’est pas chaud. Il a peur des risques. je pense me renseigner quand on songera à agrandir la famille. (encore faut il trouver une sage-femme pratiquant les aad suffisamment proche de chez soi…)
    Merci pour ces deux témoignages très forts. :)

  2. Vert Citrouille dit :

    Pour trouver une sage-femme AAD tu peux obtenir la liste des sages-femmes le pratiquant sur ce site : http://www.ansfl.org/medias/doc/111226-Accoucheuses.pdf. Les miennes n’y sont pas noté, car je suis dans une région frontalière.
    En ce qui concerne ton mari il peut encore changer d’avis :
    - tu peux lui faire lire des récits d’accouchements. Vous pouvez voir par exemple pour la naissance de Jack que les sages-femmes pratiquant les AAD ne prennent aucun risque.
    - Si tu as une grossesse sans problème, si tu n’as pas connu de difficultés particulière lors de tes accouchements précédents ce sont aussi des facteurs rassurants.
    - Le mieux est de rencontrer une sage-femme pratiquant l’AAD et d’en discuter avec elle.
    Il y a aussi la possibilité d’accoucher en plateau technique, ce qui pourrait être plus rassurant pour ton mari et pour toi avoir tout de même un accouchement différent d’un accouchement plus traditionnel en maternité, car tu accoucherais avec la sage-femme qui t’aurait suivi toute ta grossesse, le plus naturellement du monde et 2h après la naissance vous rentreriez à la maison. Elles sont de plus en plus nombreuse à pratiquer le plateau technique, ce qui est bien pour les femmes qui souhaite une « naissance à visage humain » !

  3. la farfa dit :

    Oui, l’accouchement en plateau technique, c’est sûrement un bon compromis. Pour la naissance de Surprise, je ne sais pas si c’était un gros problème, mais il a fallu le manipuler un peu car les épaules n’étaient pas engagées tout à fait comme il fallait (ou alors, la tête était penchée sur une épaule, je ne sais plus trop). Je ne sais pas si ça aurait posé problème en aad.
    Merci pour tes conseils et le lien. :)

    • Vert Citrouille dit :

      Pour cette manipulation des épaules je ne pense pas que cela soit un problème, mais cela il faut en discuter avec la sage-femme. Il faut savoir aussi que les positions d’accouchement que l’on nous fait prendre à l’hôpital ne sont pas les meilleurs (et loin de là !) pour faire sortir bébé, en AAD (plateau technique idem je pense) nous sommes complètement libre de nos mouvements et de prendre la position que l’on souhaite. La sage-femme peut aussi faire des propositions si elle te sens en difficulté. Bon cheminement à vous.

Leave a Reply